Le mot dialogue peut-il perdre son sens?

Le mot dialogue, mot qui jadis, ne cessait de défrayer la chronique mais qui aujourd’hui a pris des proportions particulières vu les comportements délétères de différents acteurs de la crise. À cet égard, n’est-il pas bon de définir le concept dialogue ? Si l’on croit kojève, un éminent intellectuel qui disait «Parler d’une chose sans pouvoir la définir, c’est parler sans savoir de quoi on parle».

Qu’est- ce qu’un dialogue ?

Le dialogue de par sa définition classique est une conversation entre deux ou plusieurs personnes ou une discussion, une négociation souvent dans un contexte politico-social. Cela dit, avec ce contexte politico-social particulièrement difficile que nous éprouvons tous et toutes à l’heure actuelle. Le dialogue se révèle impérieux mais il devrait-être un dialogue franc et sincère.

Il est vrai que nous ne pouvons pas faire fi de la triste réalité haitienne : les manifestations en série, les scènes de pillage, les pneus enflammés, la reddition de compte, la demande incessante d’une bonne condition de vie et tout le reste… ! Mais fort de tous ceux-là ils sont la résultante de tout un ensemble de problèmes qui ont été mal abordés tant par nos décideurs politiques d’aujourd’hui et tant par nos décideurs politiques d’hier, et qui arrivent à une phase de pourriture au point où personne ne s’y échappera.

Engageons- nous dans un vrai dialogue ! Là où il y aura aucun préjugé et aucune langue de bois, dénué de tout sectarisme et de toute partialité. Car, un dialogue franc et sincère peut faire des heureux quand et surtout les interlocuteurs sont de bonne foi, peut devenir aussi un instrument d’échange, de compréhension et de rapprochement.

Après la longue dictature des Duvalier père et fils le pays n’est pas toujours capable de se relever et de sortir dans l’ornière du sous-développement. Haiti continue de souffrir à cause d’une élite réticente au dialogue, incapable d’engager un dialogue sérieux sur les problèmes structurels du pays et d’aborder avec courage et détermination le vrai drame haïtien s’il nous faut emprunter le vocable de l’intellectuel Haïtien Antoine. A. Raphael dans son fameux ouvrage «Le drame Haïtien».

Comment redonner à Haiti sa fleur d’antan ?

Quand mettrons-nous de côté nos querelles de chapelle? En tout cas abordons la crise avec beaucoup plus de sérénité et d’intelligence. Comme l’a si bien dit Jules Michelet «la tyrannie a cela de bon qu’elle réveille souvent le sentiment national ; on la brise ou elle se brise». C’est vrai nous avons brisé la répression Duvalieriste et nous avons poussé le président Jn claude Duvalier à fuir le pays vers l’étranger mais certains disaient nous avons établi des régimes Duvalieristes sans les Duvaliers avec nos pratiques honteuses et arbitraires parfois… Et il semblait que nous avons toujours du mal à toucher la plaie du bon doigt. Nous sommes toujours enclin à une transition qui n’en finira pas pour répéter le journaliste senior Pierre Raymond Dumas.

Le moment est enfin venu d’apporter une parole libre, une parole juste, une parole libératrice pour Haïti de manière à exorciser nos apparences séculaires qui nous tuent et qui nous avilissent au jour le jour. Daniel Rops n’a t-il pas raison quand il disait «si l’homme n’avait pas opposé à l’apparence ses successifs mondes de vérité,il ne serait pas venu nationaliste, il serait devenu un singe». Dès qu’on parle d’Haïti on parle d’un état démocratique mais notre triture politique depuis trente trois années nous dessinent un tableau lamentable.

Comment parler de démocratie dans un pays où l’impunité est presque la règle, et la justice une exception ? tandis que c’est l’inverse qui devrait-être privilégié. Comment parler de la démocratie dans un pays où les droits fondamentaux de l’homme ne se respectent pas ? Comment parler aussi de la démocratie dans un pays où l’on veut prévaloir la pensée unique ? En tout cas il y a lieu de s’asseoir ensemble afin de pouvoir adresser tout ce cortège maux qui nous torpillent et nous font la risée du monde.

À ce carrefour ultime de l’histoire nous devons attaquer à fond la véritable crise qui nous rend distant l’un de l’autre.
Il faut bannir le sentiment qui refuse de nous aligner ensemble, bannir aussi l’idée qui n »accepte pas la contradictions dans les pensées. Nous sommes devenus un peuple passéiste faisant l’apologie à longueur de journée de la fameuse épopée de 1804 mais oubliant «Du Sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas» disait Napoléon.

Nous pouvons profiter du mécontentement de la population pour attaquer la véritable crise du pays qui s’inscrit aux yeux du professeur Émérite Leslie François Manigat dans une sorte de trilogie: la crise du processus de démocratisation, la crise du processus de modernisation sur les décombres d’une société traditionnelle moribonde et la crise de survie. C’est autant de défis qui nous attendent, et ce à quoi nous devons nous engager chères élites pour le renouveau d’Haïti. Tout compte fait le sauvetage d’Haiti nécessite l’apport de tous ses fils et de toutes ses filles dans un élan de conscience sociale profonde.

Engageons-nous dans un vrai dialogue !
Le dialogue ne peut pas perdre sens.

Colin Mervil;
Citoyen engagé

La Rédaction

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