Dilemme de la Franc-maçonnerie : entre religion et société secrète

La Franc-maçonnerie, parce qu’elle est conservatrice, est considérée comme une institution universelle. Cette universalité se manifeste à la logique de la mondialisation. La mondialisation s’est métamorphosée au début des années 1980, en une sorte de totalitarisme économique appelé globalisation [1]. C’est au cours de la première mondialisation, dans la foulée du mercantilisme (1498-1763) que la Franc-maçonnerie a pris naissance.

Il y a eu beaucoup d’historiens Francs-maçons qui ont essayé de retracer l’origine de cette société mystique. Cependant l’histoire qui est la plus partagée est celle d’Alex Lenoir. Cette approche citée par J.G. Findel dans « Histoire de la franc-maçonnerie, Paris : Tome I, 1866 », selon ce dernier la Franc-maçonnerie tire son origine des anciens mystères et fut très répandue en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, mais principalement en France. C’est dans ce même ordre d’idée, que certains auteurs revendiquent les rites de la grande loge anglaise sur la base de son ancienneté depuis l’année 1717.
Comment peut-on définir la Franc-maçonnerie? Cette question paraît difficile à répondre, car en sciences humaines et sociales, définir une chose c’est s’enfermer dans un cimetière comme un dictionnaire pour empêcher son évolution dans le temps. Cependant, on va essayer la définir sans chercher à passer en revue les définitions données par les Francs-maçons, nous y considérerons deux, celle de Carmelo Lopez-Arias et l’obédience Parisienne. Selon Carmelo Lopez-Arias [2], « la Franc-maçonnerie est un ordre initiatique ésotérique, les connaissances qu’elle doit détenir sont réservées à ses membres (du grec éso, au-dedans). C’est à-dire un savoir caché, réservé aux seuls initiés». Suivant l’obédience Parisienne, elle est une simple association de bienfaisance et de charité [3].

Les définitions nous paraissent importantes dans la mesure où elles décrivent, quoique de façon quelque peu obscure, les intentions et ambitions de ladite société. Il est important de souligner, une définition normative n’est pas suffisante pour avoir une compréhension réelle sur une institution donnée. Mais c’est à partir d’une définition descriptive adaptée suivant son évolution.

Par ailleurs, en Haïti, l’institution maçonnique est très mal vue. Il y a beaucoup de discours stigmatisants contre ladite société. Pour les communs des mortels (Pour les Francs-maçons- ils appellent les profanes) cette institution est diabolique. La Franc-maçonnerie est-elle une secte diabolique ? Selon Johan Livernette [4], la Franc-maçonnerie est une secte diabolique. Elle est diabolique parce qu’elle ne défend pas la vérité mais l’erreur. Il ajoute, elle est diabolique suivant son rituel satanique, son action à travers l’histoire a une conséquence néfaste sur la population mondiale. En fait, pour avoir une idée pertinente sur une chose ce n’est pas souvent ce qu’on a fait de la chose mais c’est à partir de discours construits sur elle. Alors, qu’est-ce qui façonne ces discours à la une aujourd’hui ?

Professeur Lewis A. Clorméus a si bien souligné, l’abbé Henri Grégoire, l’ancien évêque constitutionnel abolitionniste, observe que l’Église catholique s’est toujours montrée hostile envers la Franc-maçonnerie. Il a aussi montré que le paysage religieux est conditionné à partir de 1860 par la signature d’une convention, ou concordat, entre la République d’Haïti et le Saint-Siège. Le point de discorde fondamental entre le clergé breton et la Franc-maçonnerie est le contrôle de l’État. L’Église catholique participe à l’éducation de nouvelles générations d’une élite intellectuelle qui, pour intégrer les réseaux de pouvoir et de sociabilité, s’initie paradoxalement à la Franc-maçonnerie. La priorité de l’Église catholique n’est plus de combattre la Franc-maçonnerie, mais de maîtriser la progression numérique des cultes réformés et de déraciner le vodou [5].
La Franc-maçonnerie Haïtienne est une institution qui s’est implantée très vite au XVIIIe siècle, donc au moment où le système esclavagiste connaît son rythme de croisière [6]. Ce qu’avait martelé Laënnec Hurbon avec justesse. Selon lui aussi, certains colons, affranchis noirs et des mulâtres, parmi les Francs-maçons. A titre d’exemple Toussaint Louverture. Cet exemple pourrait porter à équivoque dans la mesure où Gaëtan Mentor dans son texte, « histoire de la franc-maçonnerie en Haïti, les fils noirs de la veuve, 2003 », n’avait pas considéré Toussaint Louverture comme étant un Franc-maçon. Dessalines non plus, n’était pas maçon.

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Dessalines était très critique envers cette institution parce qu’il s’imaginait que les Francs-maçons ne se réunissaient que pour conspirer contre lui. Dans ce pays, il y avait eu des soupçons que la Franc-maçonnerie aurait participé dans l’assassinat du père fondateur de la patrie. Si j’ose paraphraser Mentor.
Concernant la Franc-maçonnerie, souvent on considère qu’il existe deux grands courants : le courant conservatoire, traditionnel nationaliste et le courant libéral, révolutionnaire. En France la Franc-maçonnerie était conservatrice non révolutionnaire. Alors, dans quel courant appartient la Franc-maçonnerie haïtienne ? Elle semble à une partie du courant conservatoire car elle est un héritage colonial. Cependant elle n’est pas la seule institution du pays qui se trouve dans la logique coloniale. Ainsi, pourquoi la Franc-maçonnerie ne se revendique-t-elle pas comme une religion ? Malgré la religion se trouve dans la même logique avec elle.

Notre préoccupation à travers cet article, c’est permettre aux lecteurs et aux lectrices de comprendre l’appréhension des Francs-maçons sur certains concepts comme : Religion, Dogme, recrutement et la fraternité. « C’est ajouter aux malheurs du monde que de mal nommer les choses.», si j’ose citer Albert Camus [op. cit, 21p].

Dans le cadre d’un cours socio-anthropologie des religions, le Professeur Lewis A. Clorméus stipule, qu’aujourd’hui la problématique des sciences sociales, c’est avoir une définition définitive et partagée de la religion. Malgré des tentatives faites par Edouard B. Tylor, aussi par Emile Durkheim, etc. La définition partagée et acceptée est celle de Claude Rivière. Bien avant de l’appréhender, il faut souligner la conception maçonnique de la religion. En effet, les Francs-maçons disent que leur société mystique, ésotérique, philanthropique et philosophique n’est pas une religion. Ils revendiquent toujours sur ce point, tout en soulignant qu’elle admet toutes les appartenances religieuses au sein de cette société secrète. Aussi ajouter, ils ne pratiquent pas de dogme, leurs livres traditionnels de la maçonnique n’enseignent pas non plus qu’elle est une religion.

Pourtant, la Franc-maçonnerie pratique de la connaissance biblique, croyant en un être suprême, ayant un rituel, le temple considère comme un espace sacré qui réserve aux initiés. Alors, est-ce que la Franc-maçonnerie à travers ces pratiques n’est-elle pas une religion ? A la lumière de la définition du Professeur Claude Rivière, il y a une double approche concernant la définition de la religion. Une approche fonctionnaliste de la religion ayant une fonction sociale, contrôle sur le social et une fonction d’intégration, d’une part. Une approche substantiviste stipule la croyance à l’existence d’un être, d’autre part, etc. En outre, la religion ayant plusieurs fonctions : une fonction explicative, organisatrice, sécurisante et intégrative. En fait, la Franc-maçonnerie n’échappe pas à ces fonctions et à ces deux approches.

Aussi, en ce qui concerne du dogme, la Franc-maçonnerie est dite une institution adogmatique. Si nous considérons l’approche là-dessus, une institution adogmatique ne servirait pas pour autant comme un élément suffisant pour justifier l’inexistence d’une religion. N’y a-t-il pas de dogme à celle-ci ? On pourrait considérer qu’il y existe. Car ce serait une aberration, une insulte si l’on demande à un Franc-maçon : quel est le secret de la Franc-maçonnerie ? C’est une idée autrement dit un secret absolu pour celui-ci, qu’il ne doit pas se dévoiler même au péril de sa vie.

De plus, la Franc-maçonnerie est une institution qui ne fait pas de recrutement. Si celle-ci ne fait pas de recrutement ce qui est à la base de sa stratégie de croissance ? Le recrutement selon Laurent Brouat[7] est l’ensemble des actions et des étapes qui vont permettre de trouver une personne qui correspond à un poste donné pour une organisation donnée. Généralement les gens semblent voir uniquement le recrutement sous trois(3) aspects : une offre d’emploi, un CV et un entretien. Ce qui est parfaitement logique, car c’est souvent la seule expérience qu’ils ont de celui-ci.


Cependant, il y a une fonction du recrutement très méconnue, mais c’est une des plus importantes, c’est l’identification. En effet, celle-ci fait partie de l’un des quatre(4) étapes du recrutement selon un article [8] publié sur le recrutement. Les quatre(4) étapes sont : l’identification des besoins(les compétences recherchées, les savoir-être importants et les missions avec les avantages) ; le sourcing, c’est l’étape où l’on se présélectionne le postulant ; l’évaluation c’est le moment où le postulant subit divers tests, à titre d’exemple le test de personnalité ; et enfin l’intégration. En fait, cette société secrète utilise ces quatre(4) étapes. Bien que sa stratégie de recrutement soit différente, celle-ci serait due par sa culture du secret.

Dans cette institution dite secrète, il y a un idéal fraternel. Même si cette idée ne fait pas l’unanimité chez les Francs-maçons, car elle est une illusion par le comportement égocentrique affiché par certains d’entre eux. En ce sens, l’approche de Pierre-Yves Beaurepaire [9] est presque la même quand il dit, « l’initiation partagée scelle un lien et à la fin de chaque assemblée les Frères, éprouvent la chaleur de la chaine d’union. Il a aussi avancé qu’ils sont frères parce que dans le Temple où ils se réunissent, ils s’isolent du monde (de profanum, qui signifie à l’extérieur du Temple). En fait, il semble que la méthode maçonnique est partout la même, sournoise, hypocrite, masquée sous des apparences de progrès, de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Si l’on paraphrase Antoine Beaumann de son préface du texte de Jules CAPLAIN intitulé la France en Haïti ; catholicisme, vaudoux, maçonnerie, Paris, 1904.

Enfin, la Franc-maçonnerie est une institution dépendante. Elle subit comme tant d’autre institution du pays de sévères critiques. Les critiques stigmatissantes n’empêchent pas pour autant que les gens manifestent leurs volontés d’y intégrer. Laquelle ne fait pas de recrutement officiel mais de manière officieuse qui reste et demeure dans sa culture du secret. À la lumière de sa culture du secret et de son histoire, elle considère comme un foyer de magouille et du complot. La maçonnique est une création juive pour détruire l’Église [op.cit], c’est l’une des raisons qui explique son hostilité envers la Religion. Alors, qu’est- ce qui explique l’explosion des Temples maçonniques un peu partout à travers le pays?

Auteur : Malachy BASTIEN,
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La Rédaction

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